Le Je vous salue Marie : d'où viennent les deux moitiés

Texte intégral du Je vous salue Marie, ses deux moitiés (l'Évangile, puis l'Église), son histoire jusqu'au XVIe siècle et la manière de le prier.

Romain Croisade 4 min

Le Je vous salue Marie

Le Je vous salue Marie (Ave Maria) est la prière mariale la plus dite au monde. Elle tient en peu de mots, mais elle est faite de deux moitiés d'origine très différente : la première est reçue de l'Évangile, la seconde a été ajoutée par l'Église en priant.

En pratique

Texte : salutation de l'ange, salutation d'Élisabeth, supplication · Origine : Évangile de Luc (1, 28 et 1, 42), puis tradition de l'Église · Forme actuelle : fixée en 1568 · Où on la dit : Rosaire, Angélus, prière quotidienne

Le texte#

Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

La première moitié : l'Évangile#

Les deux premières phrases sont des paroles reçues du ciel. « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » est la salutation de l'ange Gabriel à Nazareth (Luc 1, 28). « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni » est le cri d'Élisabeth, sa cousine, lors de la Visitation (Luc 1, 42). Les chrétiens ont très tôt uni ces deux saluts, que l'on trouve dans des liturgies orientales dès les premiers siècles. Le nom de Jésus, qui achève la phrase, s'est fixé en Occident vers le XIIe-XIIIe siècle : il désigne celui qui est le centre de toute la prière. Le mot « pleine de grâce » (gratia plena) dit que Marie est entièrement comblée de la faveur de Dieu ; le Catéchisme y voit le fondement de sa sainteté.

La seconde moitié : la prière de l'Église#

« Sainte Marie, Mère de Dieu » reprend le titre solennel proclamé au concile d'Éphèse en 431 : Marie est Theotokos, celle qui a enfanté Dieu fait homme. La supplication « priez pour nous, pécheurs » apparaît peu à peu à partir du XIVe siècle, chez les chartreux et les franciscains, avant de recevoir sa conclusion « maintenant et à l'heure de notre mort », largement répandue au XVe-XVIe siècle (saint Bernardin de Sienne en recommande déjà l'usage). Le pape saint Pie V l'intègre au bréviaire romain en 1568 : la forme que nous disons encore date de là.

Quand et comment le prier#

Le Je vous salue Marie se dit seul, à toute heure, mais surtout dans deux grandes prières : trois fois dans l'Angélus, et cinquante fois dans le Rosaire, où chaque dizaine accompagne la méditation d'un mystère de la vie du Christ. On le récite lentement, en faisant attention au sens : c'est moins une formule qu'une rencontre, où l'on salue Marie comme l'ange l'a fait, puis où l'on se confie à elle. Beaucoup le disent le matin, le soir, avant un voyage ou dans l'épreuve, et il est souvent la première prière que les enfants apprennent par cœur.

Marie, « maintenant et à l'heure de notre mort »#

Ces derniers mots résument l'espérance chrétienne : l'« aujourd'hui » et l'heure décisive, qui ne sont pas séparés. Dire cette prière mille fois, c'est demander mille fois à la Mère de Jésus d'être là au dernier passage, comme elle était au pied de la croix.

Ce que le Je vous salue Marie nous apprend#

À prier avec les mots de Dieu et ceux de l'Église. Il commence par la louange, avant de demander quoi que ce soit ; et il termine par l'aveu de notre pauvreté. C'est le chemin de toute prière : admirer, puis se remettre entre les mains de celle qui nous conduit à son Fils.

Articles connexes#

Sources#

Questions fréquentes#

Qui a écrit le Je vous salue Marie ?

Sa première moitié vient de l'Évangile de Luc : les paroles de l'ange Gabriel et d'Élisabeth. La seconde, la supplication à Marie, s'est formée dans l'Église entre le XIVe et le XVIe siècle et a été fixée en 1568 avec le bréviaire de saint Pie V.

Pourquoi dit-on « pauvres pécheurs » ?

Parce que l'on prie en Église, en union avec tous les hommes, et que l'on reconnaît avoir besoin de la miséricorde. Dans la traduction liturgique actuelle, on dit « nous, pécheurs ».

Combien de fois le dit-on dans un chapelet ?

Cinquante fois dans un chapelet de cinq dizaines, cent cinquante fois dans le Rosaire complet de quinze dizaines, correspondant aux cent cinquante psaumes.

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