La chape de saint Martin, à l'origine du mot « chapelle »
Le manteau partagé à Amiens devenu relique des rois francs : la chape de saint Martin, gardée par les chapelains, a donné son nom à toutes nos chapelles.

On dit « chapelle », « chapelain », et l'anglais chapel, l'italien cappella, l'allemand Kapelle : tous ces mots viennent d'un seul vêtement, la chape de saint Martin de Tours. Relique la plus précieuse des rois francs, elle les accompagnait à la guerre et l'on jurait sur elle. Elle a disparu, mais son nom est inscrit dans toutes les langues d'Europe.
Fiche
Quoi : la cappa, manteau ou chape de saint Martin, relique d'un objet porté par le saint · Où : trésor des rois francs, conservé dans leur oratoire et emporté en campagne ; aujourd'hui disparue · Depuis : époque mérovingienne (VIIe siècle au plus tard) · Grandes dates : 11 novembre (fête de saint Martin), 4 juillet (Saint-Martin d'été) · Héritage : les mots chapelle et chapelain
Le saint à l'origine#
Un soir d'hiver, vers 334, à une porte d'Amiens, le jeune soldat Martin croise un pauvre presque nu. Il n'a plus que ses armes et sa chlamyde, le manteau militaire : il le tranche de son épée et en donne la moitié. La nuit suivante, raconte son ami et biographe Sulpice Sévère, le Christ lui apparaît vêtu de ce demi-manteau et dit aux anges : « Martin, encore catéchumène, m'a couvert de ce vêtement. » Le geste résume l'Évangile : « J'étais nu, et vous m'avez habillé » (Mt 25, 36). Martin se fait baptiser, quitte l'armée et devient moine, puis évêque de Tours, jusqu'à sa mort en 397.
L'histoire de la relique#
Le culte de Martin grandit autour de son tombeau, à Tours, et les rois francs le prennent pour patron. Ils gardent près d'eux sa cappa : la tradition y voit la moitié de manteau conservée par le soldat d'Amiens, mais les textes anciens ne disent pas de quel vêtement il s'agit. Dès la fin du VIIe siècle, des actes royaux mérovingiens mentionnent des serments prêtés « sur la chape de monseigneur Martin » : jurer sur elle, c'était prendre le saint à témoin. Les rois l'emportaient aussi au combat, comme gage de victoire.
L'oratoire où on la conservait prit le nom de capella, « petite chape », et les clercs chargés de la garder et d'y célébrer la messe devinrent les capellani, les chapelains. Au IXe siècle, le moine Walafrid Strabon l'explique déjà : on appela d'abord chapelains les gardiens de la chape de saint Martin, que les rois francs emmenaient avec eux à la guerre. Sous Charlemagne, la capella désigne tout le clergé du palais ; son église d'Aix porte encore le nom de chapelle palatine. Puis le mot s'étend à tout petit sanctuaire. La relique, elle, se perd à la fin de l'époque carolingienne, sans qu'aucune source ne dise comment.
Ce qu'on y trouve#
Il n'y a plus de chape à vénérer, mais son héritage est partout : chaque chapelle d'hôpital, de château, de collège ou de campagne porte en son nom le manteau de Martin. Au sens de l'Église, la chape était une relique de deuxième classe, un objet ayant appartenu au saint ; elle n'était pas vénérée pour elle-même, mais pour Celui que Martin avait vêtu en couvrant le pauvre. De nombreuses églises et chapelles représentent encore la scène d'Amiens, la plus populaire de l'art chrétien en France.
Le pèlerinage#
Pour honorer saint Martin et sa chape, on va à Tours, à la basilique et au tombeau du saint, où sont vénérés les fragments de reliques sauvés en 1562. Le 11 novembre, jour de sa sépulture, la ville fête son évêque ; le 4 juillet, la Saint-Martin d'été rappelle son ordination et la translation de ses reliques. Le vrai pèlerinage de la chape reste celui qu'elle enseigne : partager son manteau, aujourd'hui, avec qui a froid.
Pratique#
On peut suivre les pas du saint, d'Amiens, ville du partage, à Tours, en passant par Ligugé, près de Poitiers, son premier monastère, Marmoutier, sur la Loire, et Candes-Saint-Martin, où il est mort. Autour du 11 novembre, les célébrations de Tours sont les plus riches. Pour d'autres lieux de pèlerinage, voir notre page sanctuaires et pèlerinages.
Articles connexes#
- Saint Martin de Tours, le manteau partagé — sa vie, du soldat d'Amiens à l'évêque de Tours.
- Tours : la basilique et le tombeau de saint Martin — le grand pèlerinage du saint, hier et aujourd'hui.
- Les reliques : ce que dit l'Église — classes, authenticité et sens de la vénération.
- Sanctuaires et pèlerinages — tous les grands lieux de pèlerinage.
Sources#
- Sulpice Sévère, Vie de saint Martin (Wikisource)
- Évangile selon saint Matthieu, chapitre 25 (AELF)
- Wikipédia — Chapelain
- Wikipédia — Chapelle
Questions fréquentes#
Pourquoi dit-on « chapelle » ?
Le mot vient du latin *capella*, « petite chape » : c'est le nom que prit l'oratoire où les rois francs conservaient la chape de saint Martin, puis, par extension, tout petit lieu de prière.
Peut-on encore voir la chape de saint Martin ?
Non. La relique a disparu à la fin de l'époque carolingienne et nul ne sait ce qu'elle est devenue. Les quelques fragments de reliques du saint sont vénérés au tombeau, à Tours.
La chape est-elle la moitié du manteau donnée au pauvre ?
La tradition l'a souvent identifiée à la moitié de manteau que Martin garda à Amiens. Les sources anciennes ne le précisent pas : il pourrait aussi s'agir d'un vêtement porté par Martin évêque.