La langue de saint Antoine à Padoue
Retrouvée intacte en 1263 par saint Bonaventure : histoire de la langue de saint Antoine, de son reliquaire et de sa vénération à Padoue.

Il existe des reliques que l'on regarde sans rien comprendre, et d'autres qui parlent d'elles-mêmes. À Padoue, derrière le chœur de la basilique, une chapelle baroque expose dans un reliquaire d'or la langue de saint Antoine de Padoue : le seul organe que le tombeau ait rendu intact, trente-deux ans après la mort du prédicateur.
Fiche
Où : basilique Saint-Antoine de Padoue, chapelle des reliques (dite du Trésor) · Quoi : la langue, le menton et des éléments de l'appareil vocal de saint Antoine (1195-1231) · Découverte : le 8 avril 1263, lors de la translation du corps · Témoin : saint Bonaventure, ministre général des franciscains · Reliquaires : orfèvrerie de Giuliano da Firenze (1436) pour la langue, reliquaire padouan de 1350 pour le menton, reliquaire de Carlo Balljana (1981) pour l'appareil vocal · Fête : 15 février, translation des reliques
Le saint à l'origine#
Antoine de Padoue meurt le 13 juin 1231, à trente-six ans, épuisé par les prédications. L'Europe le connaît comme une voix : ce franciscain portugais a prêché en plein air devant des foules que les églises ne pouvaient contenir, réfuté les cathares dans le Midi, enseigné la théologie à ses frères sur l'ordre de saint François lui-même. Grégoire IX, qui l'avait entendu, l'appelait « l'arche du Testament ». Il est canonisé onze mois après sa mort, le 30 mai 1232.
Histoire de la relique#
Padoue lui bâtit une basilique. Le 8 avril 1263, on ouvre le sarcophage pour transférer la dépouille dans la nouvelle chapelle funéraire, en présence de saint Bonaventure, alors ministre général de l'ordre. Le corps est réduit en ossements — sauf la langue, trouvée rouge et souple. La tradition rapporte que Bonaventure la prit dans ses mains et s'écria : « Ô langue bénie, qui as toujours béni le Seigneur et l'as fait bénir par les autres, il apparaît maintenant combien grand fut ton mérite devant Dieu. »
Le signe est reçu comme une confirmation de la mission du saint : ce qui fut conservé, c'est l'instrument de sa prédication. La relique est placée dans un reliquaire d'orfèvrerie, remplacé en 1436 par celui de Giuliano da Firenze, toujours en usage. En 1350, un cardinal guéri de la peste offre un reliquaire pour le menton du saint. La dernière reconnaissance canonique a lieu le 6 janvier 1981, pour le 750ᵉ anniversaire de la mort : les commissions nommées par le Saint-Siège constatent la conservation de la langue et retrouvent des éléments de l'appareil vocal — cartilages du larynx — également préservés. Exposées du 31 janvier au 1ᵉʳ mars 1981, les reliques attirent plus de 650 000 pèlerins.
Ce qu'on voit aujourd'hui#
La chapelle des reliques a été dessinée à la fin du XVIIe siècle par le sculpteur génois Filippo Parodi, qui a peuplé sa balustrade de statues — saint François, la Foi, l'Humilité, la Pénitence, la Charité, saint Bonaventure — autour d'un saint Antoine en gloire. Dans la vitrine centrale : la langue, le menton, et l'appareil vocal dans son reliquaire de cristal de 1981. Autour, la tunique du saint, un fragment de son cercueil, une relique d'os du pied. Rien n'est caché : les vitrines sont à hauteur d'homme, et la file s'y arrête en silence. Sur ce que l'Église demande exactement à un fidèle devant un tel reliquaire — vénération, non adoration —, voir les reliques.
La vénération#
Les franciscains conventuels célèbrent la translation des reliques le 15 février ; à Padoue, la messe solennelle dite « fête de la Langue » rassemble la ville le dimanche le plus proche. Le reste de l'année, la chapelle est le second temps de tout pèlerinage à Padoue, après la main posée sur le marbre vert du tombeau. On y prie pour obtenir la parole juste : les prédicateurs, les catéchistes, les professeurs, ceux qui ont un mot difficile à dire.
Pratique#
La chapelle se trouve dans le déambulatoire, derrière le maître-autel de la basilique du Saint ; l'accès est libre, et l'on passe naturellement du tombeau aux reliques en suivant le couloir. Les photographies n'y sont pas admises. Le 13 juin et la semaine de la tredicina voient une affluence considérable : qui veut s'arrêter longuement devant le reliquaire viendra plutôt un matin de semaine.
Articles connexes#
- Saint Antoine de Padoue, le saint des objets perdus — la vie du prédicateur dont la langue fut trouvée intacte.
- Padoue : la basilique de saint Antoine — le sanctuaire qui abrite le tombeau et la chapelle des reliques.
- Les reliques : ce que dit l'Église — classes, authenticité, vénération : la doctrine derrière les reliquaires.
- Sanctuaires et pèlerinages — les grands lieux de pèlerinage, saint par saint.
Sources#
- Basilique Saint-Antoine de Padoue — Les reconnaissances canoniques
- Basilique Saint-Antoine de Padoue — La chapelle des reliques
- Messager de saint Antoine — La langue de saint Antoine
- Wikipédia — Antoine de Padoue
Questions fréquentes#
Pourquoi la langue de saint Antoine est-elle conservée ?
Parce qu'elle a été retrouvée intacte le 8 avril 1263, trente-deux ans après sa mort, alors que le corps était réduit en ossements. L'Église y a vu le signe du don de parole du prédicateur.
Où voir la langue de saint Antoine ?
Dans la chapelle des reliques — dite chapelle du Trésor — derrière le chœur de la basilique Saint-Antoine de Padoue, exposée dans un reliquaire d'orfèvrerie de 1436.
La langue de saint Antoine est-elle encore intacte aujourd'hui ?
Elle est desséchée et brunie, mais sa substance a été reconnue conservée lors de la reconnaissance canonique de 1981, qui a également retrouvé des éléments de l'appareil vocal du saint.