Sainte Rita de Cascia, la sainte de l'impossible

Épouse d'un homme violent, mère, veuve puis augustine à Cascia au XVe siècle : vie, fête (22 mai), la plaie de l'épine et les causes désespérées.

Romain Croisade 5 min

Sainte Rita de Cascia, la sainte de l'impossible

Rita de Cascia est née vers 1381 à Roccaporena, en Ombrie, et morte à Cascia le 22 mai 1457. Mariée à un homme violent, veuve d'un assassinat, privée de ses deux fils, elle passa les quarante dernières années de sa vie chez les augustines de Cascia, une plaie au front. L'Église l'invoque pour ce qui semble perdu d'avance : elle est la « sainte de l'impossible ».

Fiche

Fête : 22 mai · Vécu : v. 1381 (Roccaporena, Ombrie) – 1457 (Cascia) · Statut : épouse, mère, veuve, religieuse augustine · Canonisée : 24 mai 1900 par Léon XIII (béatifiée en 1628 par Urbain VIII) · Attributs : la plaie au front, les roses, les figues, les abeilles, le crucifix, l'habit noir · Patronne de : causes désespérées, épouses malheureuses, femmes victimes de violence, mariages en difficulté, Cascia · Prénoms : Rita, Marguerite, Margot, Rite

Marguerite, la fille de Roccaporena#

Elle s'appelle Marguerite — Rita en est le diminutif ombrien. Ses parents, Antonio Lotti et Amata Ferri, sont des gens modestes de Roccaporena, un hameau accroché au rocher au-dessus de Cascia ; la tradition les dit paciari, ces laïcs chargés de réconcilier les familles ennemies dans une vallée que les vendettas ensanglantent. C'est tout l'héritage de Rita : dans un pays où l'on se venge, on lui a appris à faire la paix.

Dix-huit ans de mariage#

Vers 1399, ses parents la marient à Paolo Mancini, un homme d'un caractère dur, mêlé aux querelles de la région. Rita n'a rien d'une victime résignée : pendant dix-huit ans, elle tient sa maison, élève ses deux fils et, disent ses premiers biographes, désarme peu à peu son mari par la douceur et la prière, jusqu'à obtenir qu'il renonce à la violence. On n'idéalise pas ce mariage : c'est une croix, portée jour après jour, qui finit par sauver un homme.

Le sang et le pardon#

En 1412, Paolo est assassiné dans une embuscade. Rita pardonne publiquement aux meurtriers et refuse de livrer leurs noms. Ses fils, eux, veulent venger leur père : elle supplie Dieu de les prendre plutôt que de les laisser devenir des assassins. Tous deux meurent de maladie dans l'année. Cette prière terrible, que la tradition a retenue, dit la conviction d'une mère : mieux vaut perdre ses enfants que les voir perdre leur âme.

Les portes fermées du monastère#

Restée seule, Rita demande son admission au monastère augustin Sainte-Marie-Madeleine de Cascia. On la refuse trois fois : elle est veuve, non vierge, et sa famille est partie prenante d'une vendetta que les religieuses ne veulent pas faire entrer chez elles. Rita s'emploie alors à réconcilier les deux clans — et y parvient. Selon la tradition, une nuit, ses trois protecteurs, Jean-Baptiste, Augustin et Nicolas de Tolentino, la transportent à l'intérieur du cloître fermé ; au matin, les sœurs comprennent et l'accueillent. Elle y restera quarante ans, à soigner les malades, filer, prier — et arroser chaque jour, par obéissance, une souche de vigne morte qui, dit-on, finit par reverdir.

L'épine du Christ#

Vers 1432, après un sermon du franciscain Jacques de la Marche sur la couronne d'épines, Rita rentre à sa cellule, se jette devant le crucifix et demande de partager une seule épine. Une plaie s'ouvre à son front et ne se refermera plus : purulente, malodorante, elle l'isole des autres sœurs pendant une quinzaine d'années. Elle n'obtient sa fermeture temporaire que pour aller au jubilé de Rome, en 1450. Cette plaie unique fait d'elle une mystique au sens strict : une femme à qui Dieu se donne dans la Passion, non une faiseuse de prodiges.

Histoire et tradition#

Les sources les plus anciennes — le procès de 1626-1628 et le codex miniaturé du XVe siècle conservé à Cascia — sont tardives, et la vie de Rita nous arrive largement par la mémoire du monastère. Les historiens discutent les dates ; l'essentiel est stable : le mariage difficile, le pardon du meurtre, l'entrée chez les augustines, la plaie. À cela la tradition a ajouté les signes que l'art a retenus : les abeilles blanches autour de son berceau, la vigne reverdie, et surtout la rose et les deux figues qu'elle demanda, mourante, à une cousine venue de Roccaporena — en janvier, dans la neige, le rosier et le figuier du jardin familial en portaient. Le 22 mai 1457, les cloches de Cascia sonnèrent, dit-on, sans que personne y touche.

Sainte Rita aujourd'hui#

Son corps, resté intact, repose à Cascia dans une châsse de verre et d'argent, au cœur de la basilique Sainte-Rita consacrée en 1947 ; le monastère, le rocher de Roccaporena et le jardin de la rose forment aujourd'hui l'un des grands pèlerinages d'Italie. Léon XIII l'a canonisée le 24 mai 1900, année sainte. Partout en France, le 22 mai, on bénit des roses devant sa statue et on lui confie par écrit les situations dont on ne voit pas l'issue : un couple qui se défait, une maladie, un enfant qui s'éloigne, un procès perdu. Elle rejoint ainsi, parmi les mystiques et visionnaires, ceux dont la dévotion populaire n'a jamais faibli.

Ce que sainte Rita nous apprend#

Que rien n'est désespéré, mais que l'espérance coûte. Rita n'a pas été épargnée : elle a subi un mari violent, enterré son mari et ses deux fils, porté quinze ans une plaie qui la rendait insupportable aux autres. Elle n'a rien fait d'extraordinaire, sinon pardonner chaque fois qu'il fallait pardonner, et demander à souffrir avec le Christ plutôt que loin de lui. « Sainte de l'impossible » ne veut pas dire faiseuse de miracles à la demande : cela veut dire que, chez Dieu, aucune situation n'est fermée — pas même une vendetta, pas même un mariage mort, pas même une vigne sèche qu'on arrose sans y croire.

Articles connexes#

Sources#

Questions fréquentes#

Quand fête-t-on sainte Rita ?

Le 22 mai, jour de sa mort en 1457. Dans beaucoup de paroisses, on bénit ce jour-là des roses, en souvenir de la rose cueillie en plein hiver à Roccaporena.

De quoi sainte Rita est-elle la patronne ?

Des causes désespérées et des situations sans issue, des épouses malheureuses et des femmes victimes de violence, des mariages en difficulté et des familles divisées.

Pourquoi sainte Rita est-elle représentée avec une plaie au front ?

Vers 1432, après un sermon sur la Passion, elle demanda de partager une épine de la couronne du Christ ; une plaie s'ouvrit à son front et ne se referma qu'à sa mort.

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