Mystique : qu'est-ce que c'est ? Stigmates, visions, ce que l'Église en dit

Un mystique n'est pas un voyant : la vie mystique selon l'Église, la place des stigmates, extases et visions, et pourquoi ils ne font pas la sainteté.

Romain Croisade 3 min

Qu'est-ce qu'un mystique ?

Le mot mystique fait penser aux extases, aux stigmates, aux visions. Pour l'Église, il désigne d'abord autre chose : une union à Dieu vécue dans la prière, au-delà des mots et des images, dont les grands maîtres sont Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, Catherine de Sienne. Les phénomènes extraordinaires peuvent l'accompagner ; ils n'en sont ni la condition ni la preuve, et l'Église les regarde avec une prudence extrême.

En bref

Définition : expérience de l'union à Dieu dans la prière, « connaissance par amour » · Maîtres : Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, Catherine de Sienne, Hildegarde, Grégoire de Narek · Phénomènes : extases, visions, locutions, stigmates, lévitation, bilocation — possibles, rares, jamais recherchés · Règle : « On les juge aux fruits » · Discernement : le directeur spirituel, l'évêque, la canonisation

Ce qu'est la vie mystique#

Mystikos, en grec, veut dire « caché ». Le mystique n'est pas celui qui voit des choses cachées, mais celui à qui Dieu se donne à connaître de l'intérieur, dans une prière qui devient silence et amour. Thérèse d'Avila la décrit comme un château aux sept demeures, où l'on avance vers le centre où Dieu habite ; Jean de la Croix comme une nuit — des sens, puis de l'esprit — où l'âme est dépouillée de tout appui pour ne s'appuyer que sur Dieu. Cette union est le terme normal de la vie chrétienne, non son exception : la grâce du baptême y tend. Ce qui distingue le mystique, c'est qu'il en fait l'expérience consciente.

Les phénomènes extraordinaires#

Certains mystiques ont connu des extases (Catherine de Sienne), des visions (Hildegarde, Marguerite-Marie), des locutions intérieures (Faustine), des stigmates (François d'Assise, Padre Pio, Gemma Galgani), des lévitations (Joseph de Cupertino), des bilocations (Padre Pio encore), l'inédie (Marthe Robin). L'Église n'en nie pas la possibilité ; elle en constate dans les procès de canonisation. Mais elle enseigne, avec Jean de la Croix, qu'il ne faut ni les désirer ni s'y attacher : ils sont des dons pour les autres autant que pour celui qui les reçoit, et le démon comme l'imagination peuvent les imiter.

Comment l'Église discerne#

« C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » Le premier juge est le directeur spirituel ; puis l'évêque, s'il faut ; enfin, pour les saints, le procès de canonisation, où médecins et théologiens examinent tout — Padre Pio a été observé, interdit de ministère public pendant des années, puis réhabilité. Les critères sont toujours les mêmes : humilité, obéissance, absence d'intérêt, conformité à la foi, charité accrue. Un mystique orgueilleux ou désobéissant n'est pas un mystique. Et l'Église canonise pour les vertus, jamais pour les phénomènes.

Exemples#

Sainte Thérèse de Lisieux est une mystique sans phénomènes : sa « petite voie » est une doctrine mystique de l'abandon, et sa nuit de la foi, une nuit de Jean de la Croix. Saint Augustin raconte dans les Confessions l'extase d'Ostie, partagée avec sa mère à la fenêtre d'un jardin. Le curé d'Ars voyait le démon secouer son lit et s'en moquait. Aucun d'eux n'a cherché ces choses.

Ce qu'on croit à tort#

Mystique ne veut pas dire irrationnel : Thomas d'Aquin fut mystique, et Jean de la Croix un poète d'une précision extrême. Mystique ne veut pas dire voyant : la plupart des mystiques n'ont rien vu. Et les stigmates ne sont pas un « diplôme » : François d'Assise les cachait, et Padre Pio en avait honte.

Pour aller plus loin#

Articles connexes#

Sources#

Questions fréquentes#

Qu'est-ce qu'un mystique dans l'Église catholique ?

Une personne qui fait l'expérience d'une union intime avec Dieu dans la prière, au-delà des concepts et des images. Cette expérience peut s'accompagner de phénomènes extraordinaires, mais ne s'y réduit pas.

Les stigmates sont-ils une preuve de sainteté ?

Non. L'Église ne canonise jamais quelqu'un pour ses stigmates ou ses visions, mais pour ses vertus. Saint Padre Pio a été canonisé pour sa charité et son obéissance, non pour ses plaies.

Tout chrétien peut-il être mystique ?

Au sens large, oui : la vie de la grâce est déjà une union à Dieu, et les docteurs du Carmel enseignent que la contemplation est offerte à tous. Les phénomènes extraordinaires, eux, restent rares et ne sont pas à rechercher.

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