Moine, ermite, cénobite, anachorète : le vocabulaire de la vie consacrée
Moine ou frère, ermite ou cénobite, moniale ou religieuse, abbé ou prieur : le vocabulaire de la vie consacrée expliqué.

Les vies de saints sont pleines de mots qu'on croit synonymes et qui ne le sont pas : moine et frère, ermite et cénobite, moniale et religieuse, abbé et prieur. Chacun désigne une manière précise de se donner à Dieu, née à une époque et d'un fondateur. Voici le vocabulaire, du désert d'Égypte aux congrégations modernes.
En bref
Ermite / anachorète : seul (Antoine, IIIe siècle) · Cénobite / moine : en communauté, stable, sous une règle (Pacôme, Benoît) · Chanoine régulier : clerc vivant en communauté (règle de saint Augustin) · Frère mendiant : itinérant, pauvre, prêcheur (François, Dominique, XIIIe siècle) · Clerc régulier / congrégation : vie apostolique organisée (Ignace, Vincent de Paul, XVIe-XVIIe siècles) · Moniale : contemplative en clôture · Religieuse apostolique : consacrée au service (XVIIe siècle et après)
L'ermite et le cénobite#
Le mot moine vient du grec monachos, « seul ». Au IIIe siècle, en Égypte, des chrétiens partent au désert pour ne vivre que de Dieu : l'anachorète (celui qui « se retire »), ou ermite (celui qui vit in eremo, au désert). Saint Antoine le Grand, mort en 356, en est le père. Certains montent sur une colonne — les stylites, comme Siméon — ou se font murer dans une cellule — les reclus. Très vite, d'autres préfèrent vivre à plusieurs, sous une règle : ce sont les cénobites (koinos bios, « vie commune »), dont saint Pacôme, vers 320, fonde les premiers monastères. L'Occident suivra ce second modèle.
Le moine bénédictin#
Saint Benoît de Nursie, vers 530, écrit au Mont-Cassin la Règle qui fera le monachisme d'Occident : stabilité dans un monastère, obéissance à l'abbé (« père »), prière chantée sept fois par jour — l'office —, travail manuel, lecture. « Ora et labora. » Les monastères sont des abbayes, dirigées par un abbé ou une abbesse, ou des prieurés, dirigés par un prieur. Les réformes créent des familles : Cluny (910), Cîteaux (1098) et ses cisterciens, puis les trappistes (XVIIe siècle) ; les chartreux de saint Bruno (1084) combinent ermitage et communauté. Les femmes suivent la même règle : les moniales bénédictines, cisterciennes, chartreuses, vivent en clôture.
Le frère mendiant#
Au XIIIe siècle, les villes grandissent et les moines n'y sont pas. Saint François d'Assise et saint Dominique fondent des ordres d'un type nouveau : leurs membres ne sont pas des moines mais des frères, ils ne sont pas attachés à un monastère mais envoyés, ils ne vivent pas de terres mais d'aumônes — d'où mendiants. Les franciscains (frères mineurs, puis capucins), les dominicains (frères prêcheurs), les carmes et les augustins sont les quatre grands ordres mendiants. Leurs branches féminines — clarisses, dominicaines, carmélites — restent contemplatives et cloîtrées : ce sont des moniales.
Le clerc régulier et la congrégation#
Au XVIe siècle, saint Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus : des prêtres sans office chanté ni habit propre, mobiles, voués à la mission — les clercs réguliers. Au XVIIe, saint Vincent de Paul crée les Lazaristes et, avec sainte Louise de Marillac, les Filles de la Charité : des femmes consacrées sans clôture, « ayant pour monastère les maisons des malades ». C'est la naissance de la religieuse apostolique, qui enseigne, soigne, sert. Les XIXe et XXe siècles multiplieront les congrégations — salésiens, petites sœurs des pauvres, missionnaires de la charité.
Exemples#
Sainte Geneviève est une vierge consacrée vivant dans le monde, statut antérieur aux monastères que l'Église a restauré en 1970. Saint Martin fonde à Ligugé le premier monastère de Gaule, avant d'être évêque. Saint Augustin écrit une Règle pour sa communauté de clercs, que suivront chanoines et augustins. Sainte Thérèse de Lisieux est une carmélite : une moniale, contemplative, cloîtrée.
Ce qu'on croit à tort#
Tous les religieux ne sont pas moines : un jésuite ou un franciscain qui se dit « moine » se trompe. Toutes les religieuses ne sont pas « bonnes sœurs » au sens de soignantes : les carmélites ne sortent pas. Et un abbé n'est pas un curé : le titre, à l'origine, est monastique ; « monsieur l'abbé » pour un prêtre est un usage français tardif.
Pour aller plus loin#
- Qu'est-ce qu'un mystique ? — la vie contemplative
- Qu'est-ce qu'un docteur de l'Église ? — beaucoup furent moines ou frères
- Les catégories Moines et consacrés et Fondateurs et fondatrices du site
Articles connexes#
- Saint Martin de Tours, le manteau partagé — le premier moine de Gaule.
- Sainte Geneviève, la patronne de Paris — une vierge consacrée dans la ville.
- Sainte Thérèse de Lisieux, la petite voie — une moniale.
- Tous les saints de A à Z
Sources#
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 914-933 : la vie consacrée
- Règle de saint Benoît (Wikisource)
- Wikipédia — Monachisme chrétien
Questions fréquentes#
Quelle différence entre un moine et un frère ?
Le moine vit dans un monastère, stable, voué à la prière et au travail (bénédictins, cisterciens, chartreux). Le frère appartient à un ordre mendiant ou apostolique, voué à la prédication ou au service, et se déplace (franciscains, dominicains, carmes).
Qu'est-ce qu'un ermite ?
Un consacré qui vit seul, dans la solitude et le silence, pour se donner à Dieu. Saint Antoine le Grand, au IIIe siècle, en est le modèle ; l'Église reconnaît encore aujourd'hui des ermites diocésains.
Moniale ou religieuse ?
La moniale est une femme vouée à la vie contemplative en clôture (bénédictine, clarisse, carmélite). La religieuse, au sens large, désigne toute femme consacrée, y compris celles qui enseignent, soignent ou servent hors du cloître.