Comment devient-on saint ? Les quatre étapes de la canonisation

Serviteur de Dieu, vénérable, bienheureux, saint : les quatre étapes d'un procès de canonisation, qui décide, combien de temps, et le rôle du miracle.

Romain Croisade 4 min

Comment devient-on saint ? Les quatre étapes de la canonisation

On ne « devient » pas saint par décret : on l'est, ou non, devant Dieu. Ce que l'Église fait, par la canonisation, c'est reconnaître publiquement qu'une personne est au Ciel et qu'elle peut être proposée en exemple et invoquée par tous. Cette reconnaissance suit un procès en quatre étapes — serviteur de Dieu, vénérable, bienheureux, saint — dont voici le déroulement.

En bref

Étapes : serviteur de Dieu → vénérable → bienheureux → saint · Qui décide : l'évêque du lieu, puis le Dicastère des causes des saints, puis le pape · Délai : cinq ans après la mort avant d'ouvrir la cause · Miracles : un pour la béatification (aucun pour un martyr), un second pour la canonisation · Depuis : première canonisation papale en 993 (saint Ulrich d'Augsbourg)

Serviteur de Dieu : l'ouverture de la cause#

Tout commence par une réputation de sainteté : des fidèles prient quelqu'un, témoignent de sa vie, obtiennent des grâces. Cinq ans au moins après sa mort, l'évêque du diocèse où il est mort peut ouvrir une enquête, après avoir obtenu de Rome le nihil obstat. La personne devient serviteur de Dieu. Un postulateur rassemble tout : écrits, témoignages, documents. Le tribunal diocésain entend les témoins sous serment. Le dossier, parfois des milliers de pages, part ensuite à Rome.

Vénérable : les vertus héroïques#

Au Dicastère des causes des saints, un rapporteur rédige la Positio, synthèse historique et théologique. Des consulteurs historiens, puis théologiens, puis les cardinaux et évêques membres du Dicastère votent. Si le pape approuve, il signe le décret reconnaissant que le serviteur de Dieu a pratiqué les vertus chrétiennes — foi, espérance, charité, prudence, justice, force, tempérance — à un degré héroïque. Il est alors vénérable. Pour un martyr, le décret porte sur le martyre lui-même ; depuis 2017, une troisième voie existe, l'offrande de la vie, pour ceux qui ont accepté librement une mort certaine par charité.

Bienheureux : le premier miracle#

Dieu confirme-t-il ce jugement ? L'Église le lui demande sous la forme d'un miracle obtenu par l'intercession du vénérable — presque toujours une guérison rapide, complète, durable et inexplicable en l'état de la science. Une commission médicale examine le dossier ; des théologiens vérifient que la guérison a bien été demandée à ce vénérable-là. Un martyr est dispensé de miracle : sa mort suffit. La béatification est alors célébrée, en général dans le pays du bienheureux, par un cardinal délégué du pape. Le culte est autorisé, mais localement : dans un diocèse, un pays, un ordre religieux.

Saint : le second miracle et la canonisation#

Un second miracle, postérieur à la béatification, ouvre la voie à la canonisation. Le pape la prononce lui-même, presque toujours à Rome, par une formule solennelle : « Nous déclarons et définissons que le bienheureux N. est saint, et nous l'inscrivons au catalogue des saints. » Le culte devient universel ; le saint peut recevoir une fête au calendrier, des églises, un patronage. La théologie commune tient cette déclaration pour infaillible : l'Église ne se trompe pas quand elle affirme qu'une personne est au Ciel.

Exemples#

Sainte Thérèse de Lisieux, morte en 1897, est béatifiée en 1923 et canonisée en 1925 : vingt-huit ans, un record pour l'époque. Jean-Paul II, mort en 2005, est canonisé en 2014 après une dérogation au délai de cinq ans. À l'inverse, saint Martin de Tours ou sainte Geneviève n'ont jamais eu de procès : leur culte, né avant l'an mille, a été confirmé par l'usage — l'Église parle de culte « immémorial ».

Ce qu'on croit à tort#

Non, la canonisation ne « fabrique » pas un saint : elle le constate. Non, elle n'affirme pas que la personne fut parfaite : elle affirme qu'elle est au Ciel et que sa vie est un modèle. Non, elle ne coûte pas une fortune : les frais réels sont ceux des enquêtes et des impressions, et le Dicastère a fixé des barèmes ; une cause pauvre n'est pas une cause perdue. Enfin, on ne peut pas « décanoniser » : retirer un saint du calendrier, comme en 1969, n'est pas revenir sur sa sainteté.

Pour aller plus loin#

Articles connexes#

Sources#

Questions fréquentes#

Combien de temps faut-il pour devenir saint ?

Au minimum cinq ans après la mort avant l'ouverture de la cause, sauf dérogation du pape. Ensuite, de quelques années à plusieurs siècles : Jean-Paul II a été canonisé neuf ans après sa mort, Hildegarde de Bingen près de neuf cents ans après la sienne.

Faut-il un miracle pour être canonisé ?

Oui : un miracle reconnu pour la béatification (sauf pour les martyrs) et un second pour la canonisation. Le miracle, presque toujours une guérison inexplicable, est examiné par des médecins puis par des théologiens.

Le pape peut-il canoniser sans procès ?

Oui, par « canonisation équipollente » : il confirme un culte ancien et universel sans procès ni miracle. Hildegarde de Bingen (2012) et Pierre Favre (2013) l'ont été ainsi.

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