Qu'est-ce qu'un martyr ? Ce que l'Église entend par ce mot

Le martyr est un témoin : les trois conditions du martyre, sa place dans la canonisation, la palme et le rouge, le XXe siècle des martyrs.

Romain Croisade 4 min

Qu'est-ce qu'un martyr ?

Le mot martyr vient du grec martys, « témoin ». Un martyr est un chrétien qui a témoigné du Christ jusqu'à la mort, en acceptant d'être tué plutôt que de le renier. Ce n'est ni un héros de guerre ni un suicidé : c'est quelqu'un qui a préféré perdre sa vie que perdre sa foi, et qui l'a fait sans haine pour ceux qui le tuaient.

En bref

Définition : mort subie en haine de la foi, acceptée librement · Conditions : mort effective, infligée par un persécuteur, acceptée sans résistance haineuse · Canonisation : dispense du premier miracle · Signes : la palme, la couleur rouge, la couronne · Premier martyr : saint Étienne (26 décembre)

Ce qu'est le martyre#

L'Église retient trois conditions, précisées par Benoît XIV au XVIIIe siècle. La mort doit avoir été réellement subie — un survivant, si héroïque soit-il, est « confesseur », non martyr. Elle doit avoir été infligée en haine de la foiin odium fidei — ou d'une vertu chrétienne inséparable de la foi : la chasteté de Maria Goretti, la charité de Maximilien Kolbe qui prend la place d'un condamné. Elle doit enfin avoir été acceptée librement : le martyr ne cherche pas la mort, mais il ne la fuit pas au prix du reniement, et il pardonne. Le baptême de sang : un catéchumène tué pour le Christ est tenu pour baptisé.

D'où vient cette place unique#

Dès le IIe siècle, les chrétiens gardent la date de la mort d'un martyr comme son « jour de naissance » au Ciel et se réunissent sur sa tombe : c'est l'origine du culte des saints et du calendrier. Les martyrs sont les premiers saints ; pendant trois siècles, il n'y en a pas d'autres. Quand la persécution cesse, l'Église reconnaît d'autres formes de témoignage — le moine, l'évêque, la vierge — mais le martyre reste « la plus haute preuve d'amour ». Dans la liturgie, sa couleur est le rouge, celle du sang ; son attribut, la palme du vainqueur.

Le martyre aujourd'hui#

Le XXe siècle a compté plus de martyrs que les dix-neuf précédents réunis : persécutions mexicaine, espagnole, nazie, communiste, et celles qui continuent. Jean-Paul II a voulu qu'on en garde la mémoire ; le pape François a ajouté en 2017 une voie voisine, l'offrande de la vie, pour ceux qui acceptent une mort certaine par charité sans persécuteur — un médecin qui reste auprès des contagieux, par exemple. L'Église reconnaît aussi, depuis peu, un martyre « de la charité » et parle d'« œcuménisme du sang » pour les chrétiens d'autres confessions tués avec les catholiques.

Exemples#

Sainte Blandine, esclave de Lyon, répète « Je suis chrétienne » sous la torture en 177 : c'est le martyre dans sa forme la plus pure. Saint Pierre meurt crucifié à Rome sous Néron. Sainte Cécile survit trois jours à sa décapitation. Maximilien Kolbe, en 1941, offre sa vie pour un père de famille à Auschwitz : Jean-Paul II le canonise comme martyr. Les seize carmélites de Compiègne, guillotinées en 1794 en chantant, ont été canonisées en 2024.

Ce qu'on croit à tort#

Un martyr n'est pas quelqu'un qui « souffre beaucoup » : on emploie le mot par abus pour toute victime. Il n'est pas non plus un fanatique qui cherche la mort : l'Église a toujours condamné ceux qui se dénonçaient eux-mêmes pour être exécutés. Et le martyr ne hait pas : Étienne meurt en priant pour ses bourreaux, comme le Christ. Sans le pardon, il n'y a pas de martyre.

Pour aller plus loin#

Articles connexes#

Sources#

Questions fréquentes#

Quelles sont les conditions du martyre ?

Trois : une mort réellement subie, infligée par un persécuteur en haine de la foi ou d'une vertu chrétienne, et acceptée librement par la victime, sans haine en retour.

Un martyr a-t-il besoin d'un miracle pour être béatifié ?

Non. Le martyre reconnu dispense du miracle exigé pour la béatification. Un second miracle reste nécessaire pour la canonisation.

Pourquoi les martyrs sont-ils représentés avec une palme ?

La palme est, dans l'Antiquité, le prix du vainqueur. Le martyr a « remporté le combat » ; l'Apocalypse montre les élus « des palmes à la main ».

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