Le corps de saint Nicolas, de Myre à Bari
En 1087, des marins de Bari emportent le corps de saint Nicolas depuis Myre. Histoire de la translation, de la manne et du pèlerinage de Bari.

Le 9 mai 1087, un navire entre dans le port de Bari avec un précieux chargement : les ossements de saint Nicolas, enlevés à Myre, en Lycie. Neuf siècles plus tard, ils y reposent toujours, et la ville des Pouilles est devenue l'un des grands sanctuaires de la chrétienté, vénéré à l'Est comme à l'Ouest.
Fiche
Où : basilique Saint-Nicolas, Bari (Pouilles, Italie) · Relique : l'essentiel des ossements de saint Nicolas, évêque de Myre (IVe siècle) · Translation : 9 mai 1087, de Myre à Bari · Basilique : crypte consacrée en 1089, église achevée à la fin du XIIe siècle, romane · Particularité : la « manne », liquide recueilli sur la tombe · Fêtes : 9 mai (translation), 6 décembre (saint Nicolas) · Gardiens : les dominicains
Le saint à l'origine#
Nicolas, évêque de Myre au IVe siècle, est connu pour sa charité et sa protection des petits, des marins et des innocents. Il est enterré dans sa ville épiscopale, dans l'actuelle Turquie, où son tombeau devient dès les premiers siècles un lieu de pèlerinage. Sa vie est racontée dans Saint Nicolas de Myre, dont l'histoire des reliques est la suite.
Histoire des reliques#
Au XIe siècle, Myre est tombée aux mains des Turcs seldjoukides, et les pèlerins ne s'y rendent plus qu'avec peine. Selon le récit des chroniqueurs de Bari, des marins de la ville, revenus d'Orient, décident de mettre le corps du saint à l'abri. Soixante-deux hommes arrivent à l'église, interrogent les moines gardiens, puis ouvrent la tombe et emportent les ossements, vers la fin avril 1087. Le navire touche Bari le 9 mai.
La translation est accueillie avec ferveur. Les reliques sont d'abord déposées dans une église voisine, puis l'on bâtit une basilique pour les accueillir : la crypte est consacrée en 1089 par le pape Urbain II, et l'église haute est achevée à la fin du XIIe siècle, dans le style roman des Pouilles. Les Vénitiens ont eux aussi rapporté des reliques de Myre pendant la première croisade, vers 1100, et les conservent à Venise : le partage est dû aux circonstances, mais l'essentiel des ossements est à Bari. On retrouve aussi des fragments ailleurs, comme à Saint-Nicolas-de-Port, en Lorraine, venus de Bari.
Les reliques ont fait l'objet d'examens scientifiques au XXe siècle, à l'occasion de travaux dans la crypte, en 1953-1957 ; l'authenticité d'une relique reste une question d'histoire, mais la vénération qui lui est rendue s'adresse, comme l'enseigne l'Église, au saint lui-même.
Ce qu'on y trouve#
On descend dans la crypte, sobre et basse, où des colonnes de marbre portent des voûtes. Sous l'autel, la tombe de saint Nicolas, recouverte d'une dalle, est le cœur du sanctuaire. À l'étage, la nef romane, le plafond à caissons du XVIIe siècle et un ciborium plus ancien accueillent les pèlerins. Une icône du saint, particulièrement chère aux orthodoxes, est vénérée dans la basilique.
La manne de saint Nicolas est la particularité de Bari : un liquide limpide, tenu pour de l'eau qui suinte de la tombe, que l'on recueille chaque année, le 9 mai, dans une cérémonie spéciale, avant d'en distribuer de petites fioles aux fidèles. Il faut rester prudent : l'Église ne se prononce pas sur l'origine de ce phénomène, mais elle y voit une expression de la dévotion populaire, que beaucoup de pèlerins accueillent comme un signe de la sollicitude du saint.
Le pèlerinage#
Depuis le Moyen Âge, Bari est une étape majeure des routes de pèlerinage vers l'Orient et vers Rome. Le 9 mai, la ville fête la translation par un cortège sur mer et une procession, où la statue du saint est portée sur une embarcation ; le 6 décembre est la fête liturgique du saint. Bari accueille aussi des chrétiens d'Orient : une chapelle de la crypte est mise à la disposition des orthodoxes, et les papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François y ont prié, signe d'un lieu de rencontre entre les Églises.
Pratique#
La basilique se trouve dans la vieille ville de Bari, près du port, au bord de l'Adriatique. Elle est desservie par l'aéroport et la gare de la ville. La crypte est ouverte aux fidèles pour la prière ; les messes sont proposées en plusieurs langues. Les jours de fête, notamment autour du 9 mai, le sanctuaire est très fréquenté ; on peut y réciter la prière à saint Nicolas.
Articles connexes#
- Saint Nicolas de Myre, l'évêque derrière le Père Noël — la vie du saint dont le corps repose à Bari.
- Saint-Nicolas-de-Port : la basilique de Lorraine — le sanctuaire lorrain qui conserve une relique venue de Bari.
- Les reliques : classes, authenticité, vénération — ce que dit l'Église — comment l'Église comprend la vénération des reliques.
- Prière à saint Nicolas (pour les enfants) — pour confier les enfants au saint.
- Sanctuaires et pèlerinages — les grands lieux de pèlerinage, saint par saint.
Sources#
Questions fréquentes#
Où se trouve le corps de saint Nicolas ?
Les ossements principaux reposent dans la crypte de la basilique Saint-Nicolas de Bari, dans les Pouilles, depuis 1087. Des fragments sont vénérés ailleurs, notamment à Venise et à Saint-Nicolas-de-Port.
Qu'est-ce que la manne de saint Nicolas ?
Un liquide clair qui, selon la tradition, suinte de la tombe du saint. Recueilli en fioles, il est vénéré par les pèlerins ; l'Église ne l'impose pas comme miracle, mais le tient pour un signe de dévotion.
Pourquoi les orthodoxes viennent-ils aussi à Bari ?
Parce que Nicolas est l'un des saints les plus vénérés de l'Orient. Une chapelle de la crypte est mise à la disposition des fidèles orthodoxes, ce qui fait de Bari un lieu de rencontre entre Églises.