Les corps incorrompus : Bernadette, le curé d'Ars, Catherine Labouré, Charbel
Bernadette, le curé d'Ars, Catherine Labouré, Charbel : des corps de saints retrouvés conservés. Ce que dit l'Église de ce signe, et ce qu'il ne prouve pas.

Dans l'histoire de l'Église, il est arrivé que l'on ouvre le tombeau d'un saint et que l'on trouve son corps étonnamment conservé. On parle de corps incorrompus. Quatre saints très aimés en offrent l'exemple : Bernadette, le curé d'Ars, Catherine Labouré et Charbel. Ce n'est jamais une preuve de sainteté, mais l'Église y voit un signe, discret et parlant.
Fiche
Sujet : corps de saints retrouvés conservés après la mort · Quatre cas : Bernadette (Nevers), Jean-Marie Vianney (Ars), Catherine Labouré (Paris), Charbel Makhlouf (Liban) · Statut : signe, jamais critère de canonisation · Voir aussi : classes de reliques
Ce que dit l'Église#
L'Église enseigne que le corps du chrétien, baptisé et temple de l'Esprit, est destiné à la résurrection. Elle vénère donc les reliques des saints, dont le corps entier est la plus grande (voir les reliques, ce que dit l'Église). Mais elle reste sobre sur l'incorruptibilité : aucun procès de canonisation ne l'exige, et de très grands saints ne sont plus que cendres ou ossements. Quand le fait est constaté par des médecins et des témoins, on le reçoit comme un signe, non comme une preuve.
Sainte Bernadette, à Nevers#
Morte le 16 avril 1879 au couvent Saint-Gildard, Bernadette est exhumée trois fois pour le procès de béatification : en 1909, en 1919 et en 1925. Les médecins trouvent le corps remarquablement conservé, alors que le chapelet et le crucifix qui l'accompagnaient sont rouillés. Elle repose depuis 1925 dans une châsse, le visage et les mains recouverts d'un léger masque de cire. Elle a été canonisée en 1933. Sa vie est racontée dans Sainte Bernadette Soubirous, de Lourdes à Nevers, et son tombeau dans Nevers : le corps de sainte Bernadette.
Saint Jean-Marie Vianney, à Ars#
Le curé d'Ars meurt le 4 août 1859, épuisé par les heures de confessionnal. Lors de la reconnaissance de son corps, en 1904, avant sa béatification, on le retrouve en bon état de conservation. Il est canonisé par Pie XI en 1925. Son corps repose aujourd'hui dans la basilique d'Ars-sur-Formans, et son cœur est vénéré à part dans le sanctuaire. Cet homme qui se disait « pauvre ignorant » attire encore des foules de prêtres et de pèlerins.
Sainte Catherine Labouré, rue du Bac#
Catherine Labouré, fille de la Charité, reçoit de la Vierge, en 1830, la Médaille miraculeuse. Elle meurt le 31 décembre 1876, sans que personne ne sache qu'elle était la voyante. Son corps est exhumé en 1933, pour sa béatification, et on le trouve intact, les yeux restés d'un bleu remarqué par les témoins. Elle est canonisée par Pie XII en 1947. Elle repose depuis dans la chapelle de la rue du Bac, à Paris, sous l'autel de Notre-Dame du Globe.
Saint Charbel, à Annaya#
Moine maronite du Liban, ermite à Annaya, Charbel Makhlouf meurt le 24 décembre 1898. Selon les témoignages recueillis, son corps, enseveli sans cercueil, est retrouvé intact plusieurs semaines plus tard, et il suinte un liquide qui sera recueilli par les fidèles. Des guérisons sont attribuées à son intercession. Il est béatifié en 1965 puis canonisé par Paul VI, le 9 octobre 1977. Son tombeau, à Annaya, est l'un des grands lieux de pèlerinage du Moyen-Orient.
Ce qu'on croit à tort#
- « Un saint est toujours incorruptible » : faux. La grande majorité des saints, y compris les apôtres et les martyrs, n'ont laissé que des ossements.
- « L'incorruptibilité prouve la sainteté » : faux. L'Église le dit elle-même : les conditions du sol et du cercueil jouent parfois un rôle, et on ne fonde jamais une canonisation sur ce seul fait.
- « Ces corps sont intacts comme au premier jour » : exagéré. Plusieurs ont été protégés, nettoyés ou recouverts de cire, par respect et pour la conservation.
Ce que ces corps nous apprennent#
Ces quatre saints n'ont rien en commun, ni le pays, ni la vocation : une bergère, un curé de campagne, une sœur de charité, un ermite. Ce sont des vies cachées, humbles, consumées par la prière et le service. Leur corps, retrouvé paisible, rappelle que ce que nous faisons de notre corps compte pour Dieu, et que la résurrection de la chair n'est pas une image mais une espérance.
Articles connexes#
- Les reliques : classes, authenticité, vénération : comprendre ce que l'Église dit des reliques.
- Sainte Bernadette Soubirous, de Lourdes à Nevers : la vie complète de la voyante.
- Nevers : le corps de sainte Bernadette : le couvent Saint-Gildard et la châsse.
- Lourdes : histoire du sanctuaire et des apparitions : la grotte où tout a commencé.
- Sanctuaires et pèlerinages : tous les lieux saints de France et du monde.
Sources#
- Incorruptibilité, Wikipédia
- Jean-Marie Vianney, Wikipédia
- Catherine Labouré, Wikipédia
- Charbel Makhlouf, Wikipédia
Questions fréquentes#
L'Église exige-t-elle l'incorruptibilité pour reconnaître un saint ?
Non. Aucun critère de canonisation ne repose sur la conservation du corps : la sainteté se juge sur les vertus héroïques et, pour les confesseurs, sur des miracles obtenus par l'intercession du saint.
Les corps incorrompus s'expliquent-ils naturellement ?
Parfois en partie : le sol, l'humidité ou l'air peuvent ralentir la décomposition. L'Église ne s'en sert donc pas comme preuve, mais elle reconnaît que certains cas restent remarquables et y voit un signe qui conduit à la prière.
Où peut-on vénérer ces quatre saints ?
Bernadette à Nevers, le curé d'Ars à Ars-sur-Formans, Catherine Labouré à la chapelle de la rue du Bac à Paris, Charbel au monastère d'Annaya, au Liban.