La Saint-Martin, 11 novembre : oies, lanternes et « été de la Saint-Martin »
Pourquoi fête-t-on saint Martin le 11 novembre ? L'oie, les lanternes, le vin nouveau, l'été de la Saint-Martin et l'ancien « carême » avant Noël.

Le 11 novembre, l'Église fête saint Martin de Tours, le soldat qui partagea son manteau à Amiens et devint l'apôtre des campagnes gauloises. Pendant plus de mille ans, la Saint-Martin fut l'une des plus grandes fêtes de l'Europe chrétienne : on y mangeait l'oie, on goûtait le vin nouveau, on payait les fermages, et les enfants promenaient des lanternes dans la nuit. Beaucoup de ces coutumes vivent encore.
Fiche
Date : 11 novembre (fixe) · Rang : mémoire obligatoire · Couleur : blanc · Férié en France : oui, comme jour de l'Armistice (depuis 1922) · Depuis : fin du IVe siècle, à Tours · Saint : Martin, évêque de Tours (v. 316 – 397) · Traditions : oie, vin nouveau, lanternes, feux, été de la Saint-Martin
Ce qu'on célèbre#
L'entrée au ciel d'un évêque qui a fait de sa vie une charité. Martin meurt à Candes le 8 novembre 397 ; il est enseveli à Tours le 11 novembre, et c'est ce jour que l'Église a retenu. On fête en lui le premier saint non martyr honoré en Occident : un homme qui n'a pas versé son sang pour le Christ mais lui a donné, jour après jour, son temps, ses forces et la moitié de son manteau. « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous l'avez fait » : la nuit qui suivit Amiens, Martin vit le Christ revêtu du morceau d'étoffe donné au pauvre.
D'où vient la fête#
Le culte naît sur la tombe même : dès le Ve siècle, Tours devient le premier pèlerinage de la Gaule, et la basilique Saint-Martin le sanctuaire national des Francs. Les rois mérovingiens emportent sa chape au combat. Au VIe siècle, le concile de Mâcon (581) fixe un jeûne de trois jours par semaine du 11 novembre à Noël : c'est le « carême de saint Martin », ancêtre de l'Avent. La Saint-Martin devient donc le dernier grand festin avant la pénitence, comme le Mardi gras avant le Carême — et la date tombe à la fin des travaux des champs. D'où sa double nature : fête religieuse et grande échéance de l'année rurale.
Comment on la vit#
- L'oie de la Saint-Martin : grasse en novembre, elle était le plat du dernier festin. La légende veut que Martin, caché dans une étable pour échapper aux Tourangeaux qui voulaient le faire évêque, ait été trahi par le cacardage des oies.
- Le vin nouveau : patron des vignerons, Martin préside à la première dégustation. « À la Saint-Martin, bois le vin et laisse l'eau au moulin. »
- Les lanternes : en Alsace, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, les enfants défilent le soir avec des lanternes en chantant, derrière un cavalier en manteau rouge ; on partage des petits pains ou des brioches en forme de bonhomme.
- L'échéance : fermages, loyers et gages des domestiques se réglaient à la Saint-Martin, et l'on changeait de place ou de ferme — d'où l'expression « faire la Saint-Martin » pour déménager.
- L'été de la Saint-Martin : ces quelques jours doux et lumineux qui reviennent souvent autour du 11 novembre, « trois jours et un brin ».
À la messe, on lit l'évangile du Jugement dernier (Matthieu 25), celui du manteau partagé. On peut prier ce jour-là la prière à saint Martin, et souhaiter leur fête aux Martin et aux Martine.
Les saints de cette fête#
Saint Martin seul, mais avec lui toute la France chrétienne qui l'a pris pour patron : près de 4 000 églises et quelque 500 communes portent son nom. Le même jour, le martyrologe fait aussi mémoire de saint Mennas, soldat martyr égyptien du IVe siècle, autre patron des soldats — voir le saint du jour du 11 novembre.
Idées reçues#
Le 11 novembre n'est pas férié pour saint Martin : il l'est pour l'armistice de 1918, signé ce jour-là. Mais les catholiques de l'époque n'ont pas manqué de voir la paix rendue à la France le jour du saint soldat qui la protège. Autre erreur : l'été de la Saint-Martin n'est pas un « été indien » importé d'Amérique — l'expression française est bien plus ancienne. Enfin, l'oie n'est pas un symbole païen recyclé : elle tient au calendrier du jeûne chrétien.
Ce que la Saint-Martin nous apprend#
Qu'une fête chrétienne peut épouser toute la vie d'un peuple : la table, le travail, les saisons, les enfants. La Saint-Martin a fait de la charité d'un homme le rythme d'une année entière. Avant d'entrer dans le temps de l'attente, elle rappelle par où passe le chemin vers Noël : le manteau coupé en deux.
Articles connexes#
- Saint Martin de Tours, le manteau partagé — la vie du saint, d'Amiens à Candes.
- 11 novembre : saint Martin de Tours — saints et fêtes du jour — les autres saints du jour.
- Tours : la basilique et le tombeau de saint Martin — le pèlerinage du 11 novembre.
- La chape de saint Martin — la relique des rois francs.
- Prière à saint Martin de Tours — pour prier le jour de sa fête.
- Calendrier des saints — toutes les fêtes de l'année.
Sources#
- Matthieu 25, 31-46 (AELF)
- Saint-Martin (fête) — Wikipédia
- Martin de Tours — Wikipédia
- Été de la Saint-Martin — Wikipédia
Questions fréquentes#
Pourquoi mange-t-on de l'oie à la Saint-Martin ?
Parce que le 11 novembre était le dernier jour de fête avant le jeûne qui préparait autrefois Noël, et que les oies étaient alors grasses. La légende ajoute que Martin, se cachant pour ne pas être fait évêque, fut trahi par les cris des oies.
Qu'est-ce que l'été de la Saint-Martin ?
Un redoux de quelques jours, ensoleillé et doux, qui survient souvent autour du 11 novembre. Le dicton dit qu'il « dure trois jours et un brin ».
Le 11 novembre est-il férié à cause de saint Martin ?
Non : il est férié en France depuis 1922 en mémoire de l'armistice de 1918. Mais la coïncidence a frappé les contemporains, qui y ont vu un signe du patron de la France.