Pourquoi les catholiques prient-ils les saints ? Intercession, pas adoration
Prier un saint, ce n'est pas l'adorer : c'est lui demander de prier pour nous. Ce que l'Église enseigne, ce que dit l'Écriture.

Un catholique qui prie sainte Rita ne lui demande pas de faire un miracle : il lui demande de prier Dieu avec lui. C'est la même chose que demander à un ami de prier pour soi — sauf que l'ami est déjà auprès de Dieu, et que sa prière est pure. L'Église appelle cela l'intercession ; elle la distingue absolument de l'adoration, qui n'est due qu'à Dieu.
En bref
Ce qu'on fait : demander au saint de prier pour nous · Ce qu'on ne fait pas : l'adorer · Trois mots : latrie (adoration, Dieu seul), dulie (vénération, saints), hyperdulie (vénération supérieure, Marie) · Fondement : la communion des saints · Définitions : concile de Nicée II (787), concile de Trente (1563)
Ce que l'Église enseigne#
« Les saints, régnant avec le Christ, offrent à Dieu leurs prières pour les hommes ; il est bon et utile de les invoquer » : ainsi le concile de Trente, en 1563. Le catéchisme le redit : leur intercession est « leur plus haut service du dessein de Dieu ». Trois mots gardent les distinctions. La latrie est l'adoration, réservée à Dieu ; en rendre à une créature serait de l'idolâtrie. La dulie est l'honneur rendu aux saints, comme on honore un aîné. L'hyperdulie est l'honneur unique rendu à Marie, Mère de Dieu — un honneur, non une adoration. Toute prière à un saint s'achève en Dieu : « Priez pour nous. »
Ce que dit l'Écriture#
L'intercession traverse la Bible : Abraham plaide pour Sodome, Moïse pour son peuple, Paul demande à chaque Église de prier pour lui et prie pour chacune. Jésus fait converser Abraham, mort depuis des siècles, avec le riche dans la parabole de Lazare : les morts en Dieu ne sont pas absents. L'Apocalypse montre les vingt-quatre anciens offrant « des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints » (5, 8) et les martyrs sous l'autel qui prient encore (6, 9-10). L'épître aux Hébreux appelle les justes défunts « une nuée de témoins » qui nous entourent (12, 1).
D'où vient la pratique#
Dès le IIe siècle, les chrétiens se réunissent sur les tombes des martyrs et leur demandent de prier pour eux ; des inscriptions des catacombes le disent : « Pierre et Paul, priez pour Victor. » Le concile de Nicée II, en 787, défend contre les iconoclastes la vénération des images des saints, distinguée de l'adoration. Le concile de Trente, contre la Réforme qui rejetait l'intercession, la définit solennellement. Vatican II, dans Lumen gentium, rappelle que « toute authentique vénération des saints aboutit au Christ ».
Comment on prie un saint#
On lui parle comme à un frère aîné : on lui confie une intention, on lui demande de la porter à Dieu. Les formes sont libres — prière écrite, neuvaine, litanies, cierge allumé, pèlerinage — mais le cœur est le même : « Sainte Geneviève, priez pour nous. » On peut aussi simplement l'imiter : la vénération la plus vraie d'un saint est de suivre son exemple.
Exemples#
Le Rosaire est la prière mariale par excellence : deux cents fois « priez pour nous, pauvres pécheurs ». Le curé d'Ars, saint Jean-Marie Vianney, attribuait toutes ses grâces à sainte Philomène, « ma chère petite sainte », et disait que Dieu lui faisait ainsi plaisir. Sainte Thérèse a promis une « pluie de roses » : elle voulait passer son Ciel à intercéder.
Ce qu'on croit à tort#
Prier les saints n'est pas « contourner » Dieu ni douter qu'il entende : c'est prier ensemble. Ce n'est pas non plus une pratique tardive ou populaire : elle est attestée dès les catacombes. Et ce n'est pas obligatoire au sens où la messe l'est : c'est « bon et utile », dit Trente — un trésor offert, non une contrainte.
Pour aller plus loin#
- La communion des saints — le fondement
- Qu'est-ce qu'un saint patron ?
- La neuvaine : mode d'emploi — une forme classique de prière aux saints
- Les reliques : ce que dit l'Église — la même distinction entre vénération et adoration
Articles connexes#
- Le Rosaire, prier avec des grains
- L'Angélus, trois fois par jour
- Sainte Thérèse de Lisieux, la petite voie
- Tous les saints de A à Z
Sources#
- Catéchisme de l'Église catholique, n° 956, 2683-2684
- Apocalypse 5 (AELF) ; Hébreux 12
- Wikipédia — Intercession des saints
Questions fréquentes#
Prier un saint, est-ce l'adorer ?
Non. L'adoration (latrie) est due à Dieu seul. Aux saints on rend une vénération (dulie), à Marie une vénération supérieure (hyperdulie). Prier un saint, c'est lui demander de prier Dieu avec nous.
Où l'Écriture parle-t-elle de l'intercession des saints ?
Paul demande sans cesse qu'on prie pour lui et prie pour les autres ; l'Apocalypse montre les anciens du Ciel présentant à Dieu « les prières des saints » (Ap 5, 8) ; Jésus lui-même, dans la parabole, fait dialoguer Abraham avec un défunt.
Pourquoi ne pas prier Dieu directement ?
On le fait, toujours : toute prière aux saints finit en Dieu. Mais demander à d'autres de prier avec nous est ce que les chrétiens font depuis le début — et les saints sont des chrétiens vivants.